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31 mai 2014 6 31 /05 /mai /2014 07:49

L’augmentation des rejets de CO2 atmosphérique, qui est capté ensuite par les océans, provoque une acidification. J’ai déjà parlé de certaines conséquences de cette acidification sur des organismes marins (voir Changement climatique et protection des environnements marins ). Or, ce phénomène pourrait bien avoir un effet plus pervers sur la survie d’organismes marins en perturbant leurs sens. C’est ce que pensent les auteurs d’une publication parue en février dernier (1). Ils ont observé les conséquences d’une exposition à une concentration de CO2 élevée (telle qu’envisagée pour la fin du siècle) sur la capacité de demoiselles (Pomacentrus amboinensis) à identifier un prédateur ou à sentir sa présence.

 

Pomacentrus amboinensis La demoiselle en question (Source : Wikipedia)

 

Pour cela, ils ont effectué 2 expériences :

- test au laboratoire de la capacité de reconnaissance par des demoiselles juvéniles de l’odeur d’un prédateur en conditions de concentration naturelle ou élevée de CO2.

- test in vivo de survie de juvéniles conditionnés à une concentration élevée en CO2. Des demoiselles juvéniles sont placées quelques jours en aquarium à une concentration élevée de CO2 puis déposées sur le récif. Ces juvéniles sont extrêmement sédentaires et donc leur suivi est facile.


Dans les deux expériences, la concentration élevée en CO2 altère la capacité d’apprentissage des juvéniles : ils réagissent moins à l’odeur des prédateurs que les juvéniles non conditionnés. La seconde expérience montre qu’en milieu naturel, cette altération est fatale, causant une augmentation de la mortalité par prédation de 2,5 à 3 fois.

 

Les auteurs sont allés plus loin en testant l’effet d’un antagoniste du GABA qui est un neurotransmetteur inhibiteur important du cerveau des vertébrés. Lorsque l’antagoniste est délivré, les juvéniles conditionnés à concentration élevée en CO2 récupèrent presque complètement leur capacité d’apprentissage et de réaction aux signaux de prédateurs.

 

Ce type d’expérience a conduit aux mêmes conclusions dans le cadre d’une étude portant sur la relation proie-prédateur entre des mollusques (le GABA est également présent dans leur système nerveux) (2).

 

Il faut noter que les prédateurs également soumis aux mêmes concentrations élevées en CO2 n’ont pas montré de variation de comportement.

 

Une conséquence perverse de l’acidification des océans pourrait donc être une perte de jugement des proies en présence de leurs prédateurs, conduisant à une mortalité accrue, ce qui pourrait modifier la structure de la biodiversité des écosystèmes marins.

 

Nemo proie

 

(1) Chivers D. P. et al. Impaired learning of predators and lower prey survival under elevated CO2: a consequence of neurotransmitter interference. Glob. Chang. Biol. 2014

(2) Watson S. A. et al. Marine mollusc predator-escape behaviour altered by near-future carbon dioxide levels. Proc. Biol. Sci. 2014  

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23 décembre 2013 1 23 /12 /décembre /2013 06:53

 

Les récifs artificiels peuvent être une manière de limiter la pression anthropique exercée par les plongeurs sur des sites trop fréquentés en augmentant l’offre de sites. L’objectif est de mieux gérer le patrimoine écologique afin de contenter les plongeurs et donc que tout le monde soit satisfait. Car des fonds détériorés attirent moins et sont donc défavorables pour l’économie locale. Mais les récifs artificiels peuvent être conçus de différentes façons et leur perception par les plongeurs n’est pas a priori évidente. Dans leur publication (1), les auteurs ont analysé la relation entre le niveau d’expérience des plongeurs et leur perception des récifs artificiels à la Barbade (au Sud-Est de l’arc antillais). Pour cela, ils ont soumis un questionnaire de 36 questions à 200 plongeurs en séjour sur l’île. Les résultats sont nets.

Tout d’abord, la structure artificielle préférée (76.5 %) est le navire qui a subi un naufrage, suivi par le bateau coulé volontairement (15.5%). Les 8 % restant concernent à peu près tous les matériaux assemblés (structures en métal, en ciment, rochers…).

Ensuite, le niveau d’expérience est déterminant dans la perception. Un plongeur expérimenté privilégie le récif naturel dans 90% des cas recensés, alors que les novices (définis ici comme ayant moins de 100 plongées) semblent apprécier à peu près de la même manière les récifs artificiels (60%) que les naturels (40%). L’indice de satisfaction après plongée varie dans ce sens : les plongeurs sondés ayant environ 800 plongées sont peu satisfaits, ceux ayant en moyenne environ 500 plongées sont indifférents et ceux ayant entre 10 et 100 plongées sont satisfaits ou très satisfaits de leur immersion sur des récifs artificiels.

Parmi les 13 critères de qualité soumis aux plongeurs sondés, ceux mis en avant par tous, sans distinction d’expérience, sont l’abondance des poissons, la visibilité, la sécurité, la qualité du corail et l’accessibilité.

 

Statia 2012 double wreck recif 1871m1

 

Bien sûr, cette étude a été réalisée sur une île tropicale où les plongées se font dans des conditions bien différentes de celles de nos côtes métropolitaines. De plus, elle est dépendante de l’offre de sites naturels et artificiels locaux. Néanmoins, les conclusions de l’étude sont intéressantes car elles pourraient avoir des conséquences pratiques. Les auteurs recommandent d’effectuer plus de plongées de formation et d’explo avec des débutants ou des plongeurs peu expérimentés sur des sites artificiels afin de réduire les impacts sur les sites naturels. Ces plongeurs devraient tout autant apprécier leurs plongées. En général, sur nos côtes, les structures artificielles sont considérées comme des moyens d’attirer une biodiversité malmenée par ailleurs, pas uniquement par les plongeurs… Regarder ces récifs comme des sites à part entière pour réduire les impacts des plongeurs, dans certaines conditions de pratique, sur d’autres sites très fréquentés est un atout supplémentaire pour le développement de ces récifs et un argument en faveur de leur ouverture aux plongeurs.

 

Statia 2012 charles brown 1337m

 

1. Kirkbride-Smith, A. E., Wheeler, P. M., Johnson, M. L. 2013. The relationship between diver experience levels and perceptions of attractiveness of artificial reefs – examination of a potential management tool. PLOS ONE, vol. 8, e68899.

 

321 recifs-artificiels-cfeee(source : http://corailreunion.blogspot.fr)

 

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13 juin 2013 4 13 /06 /juin /2013 06:47

 

Les zones marines protégées ont été multipliées depuis une trentaine d’années avec une formule générale qui pourrait être « penser globalement, agir localement ». Dans leur publication de 2006 [1], les auteurs dressent un constat assez négatif sur la réalité du fonctionnement de ces zones : 70 à 80 % ne seraient pas activement gérées. Ils reprennent aussi les estimations datant de 2002 sur l’évaluation de l’efficacité de la gestion de plus de 650 zones protégées : à cette époque, n’étaient gérées convenablement que 14% des zones en Asie du Sud-Est et 6% dans les Caraïbes et dans les régions sous gouvernance française du Pacifique et de l’Océan Indien. La cause principale est le manque d’argent, dont les sources sont fluctuantes et incertaines. A contrario, les zones marines protégées parviennent à leurs objectifs de fonctionnement équilibré entre protection et développement économique lorsqu’elles ont un autofinancement régulier et durable. Un des moyens d’y parvenir est de mettre à contribution les visiteurs, donc en premier lieu les plongeurs. Dans cette étude, les auteurs ont soumis un questionnaire à plus de 500 structures organisant la plongée de façon à atteindre non seulement les sociétés, mais aussi les plongeurs. La principale conclusion est que les structures commerciales ne seraient pas opposées à l’instauration ou à l’augmentation de droits d’accès aux zones protégées à condition que la collecte de ces droits et leur utilisation soient transparentes.

 

graphic3 logo web

 

Dans une étude de 2010 portant sur le parc marin de Bonaire [2], les auteurs rappellent que si les structures organisant la plongée bénéficient d’une augmentation de clients (et donc de revenus) parce qu’elles peuvent vendre de la plongée dans une zone marine protégée, les retombées pour les organismes de gestion des zones protégées sont faibles. Les auteurs ont questionné 300 plongeurs sur le montant des droits d’entrée dans le parc marin (10 $ par an) et 94 % d’entre eux ont dit que si le montant était doublé, ils accepteraient de le  payer sans que cela porte à conséquence sur leur décision de venir plonger à cet endroit.

 

mpalist1


Enfin, dans une étude de 2013 portant sur le financement pour la protection de la biodiversité marine à La Barbade [3], les auteurs ont posé le problème un peu différemment. Tout d’abord, ils rappellent l’estimation des pertes financières dues à la dégradation d’origine humaine des récifs coralliens dans les Caraïbes : 300 millions de dollars par an pour le tourisme et 140 millions de dollars par an pour la pêche. Pourtant, de nombreuses études montrent que les ressources naturelles sont plus valorisables lorsqu’elles sont conservées. Mais le problème est que les bénéfices de la conservation se font sentir sur le long terme, alors que les gains des activités économiques qui dégradent sont immédiats… Pour en revenir aux plongeurs comme source potentielle de revenus réguliers, les auteurs ont fait le lien entre le montant des droits d’accès et les qualités attendues sur les sites de plongée par les visiteurs. Clairement, les plongeurs se sont déclarés prêts à payer plus cher à condition que les sites soient moins fréquentés (ce qui implique plus de sites aménagés) et qu’ils soient de bonne qualité avec notamment des rencontres fréquentes avec les animaux emblématiques de cette zone.

 

Beaucoup de plongeurs qui voyagent le savent, il est devenu habituel d’avoir des frais supplémentaires pour s’immerger dans des zones protégées. Ces revenus sont-ils suffisants pour faire fonctionner durablement ces zones protégées ? En l’absence d’un bilan récent, il est difficile de répondre. Mais il faut espérer que la situation soit meilleure qu’en 2006.

 

Par ailleurs, les plongeurs choisissent aussi leurs destinations en raison de la qualité des sites, critère qui est directement lié à l’existence de zones protégées commercialement « vendables ». Le bénéfice des structures de plongée directement concernées parce qu’elles organisent l’essentiel de leurs sorties dans des zones protégées est évident, alors que le gain pour les organismes de gestion semble très aléatoire selon les cas. Est-ce normal ? Ne peut-il y avoir la conclusion de partenariats gagnant-gagnant ?

 

Enfin, que penser des zones dont la faiblesse des moyens réduit les capacités de gestion, de surveillance et d’action ? Au bout du compte, tout le monde y perd : le tissu économique local, les structures de plongée et bien évidemment, le plongeur.

 

filet dans la reserve


Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression de connaître une telle situation pas exotique, pas éloignée dans un pays en voie de développement, pas difficilement accessible ni donc très coûteuse, où des efforts sont faits, où un effet réserve est tout de même visible mais où les sites sont très fréquentés et où certaines règles restrictives ne sont pas respectées… Pourquoi chez nous n’est-il pas possible d’avoir un dialogue constructif entre pêcheurs, structures de plongée et organismes de gestion sur la question du respect des règles, de la gestion durable et du financement ?

 

 

 

[1] Depondt, F. & Green, E., Ocean and Coastal Management, 2006, 49: 188-202

[2] Thur, S., Marine Policy, 2010, 34: 63-69

[3] Schuhmann, P. et al., Journal of Environmental Management, 2013, 121: 29-36

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20 mai 2013 1 20 /05 /mai /2013 07:59

 

La presse plongée semble soudain se souvenir de l’existence des récifs artificiels (Plongée Mag et Subaqua de ce mois-ci) : tous ces fonds où l’on aimerait bien que la vie revienne, puisqu’on constate qu’elle en est partie… Derrière ces tentatives, il y a l’idée de fournir des habitats théoriquement protégés. C’est une autre manière de faire que de créer des zones marines protégées, à la différence que dans ce second cas, c’est un environnement incluant un ou plusieurs écosystèmes préexistants que l’on veut sauvegarder. C’est une idée louable, mais est-elle viable ? Je parlerai une prochaine fois des études concernant les moyens de fonctionnement de ces zones. En effet, la question de la durabilité, et donc de la réussite des projets, est posée. Car protéger des effets de la surpêche, réglementer l’accès aux plaisanciers et autres usagers des loisirs aquatiques n’est pas suffisant. D’autres menaces planent et elles sont liées au changement climatique, donc en bonne partie à nous.

Dans leur publication (Keller et al., 2009), les auteurs passent en revue une série de problèmes reliant le changement climatique, les écosystèmes récifaux et la gestion des zones marines protégées. Parmi l’ensemble des causes et des conséquences visibles ou attendues, trois facteurs globaux ont la même origine.

 

Rechauff-250209a 04

(source : Commons)

 

Le réchauffement climatique inclut le réchauffement des océans. La température aurait augmenté deux fois plus ces 50 dernières années que durant les 100 dernières et les prédictions seraient de +1,8 à +4°C à la surface avant la fin du siècle. Cette élévation de température pourrait provoquer des perturbations dans les périodes de reproduction, la répartition de populations, les interactions trophiques et le blanchiment des coraux (en intensité et en fréquence des événements).

Les mers et océans absorbent un tiers du CO2 émis dans l’atmosphère par les activités humaines. En conséquence, le pH aurait baissé de 0,1 unité depuis le début de l’ère industrielle. Etant donné la crainte d’un doublement de la concentration en CO2 durant les 50 prochaines années, cette acidification pourrait s’accélérer significativement. Elle pourrait avoir des conséquences sur tous les organismes bâtisseurs de récifs par précipitation de carbonate de calcium (coraux, algues calcaires), mais aussi ceux qui se construisent une enveloppe calcaire (oursins, organismes planctoniques). Ainsi, les récifs pourraient s’éroder plus rapidement que leur construction, ce qui les rendrait d’autant moins capables de supporter d’autres stress environnementaux, mettant ainsi en danger la biodiversité de tous les écosystèmes dépendants des animaux bâtisseurs.

La montée du niveau des océans cause déjà des déplacements de populations humaines. C’est le début visible d’un mécanisme qui va lui aussi s’accentuer. Sur les 100 dernières années, le niveau moyen des océans s’est élevé de 1 à 2 mm par an. Mais en ne prenant en compte que les dernières décennies, la vitesse est de 3 mm par an. Les prédictions vont de +20 cm à +2 m durant ce siècle. Les conséquences sont très variées, mais globalement, elles portent sur la perturbation, la destruction et/ou la disparition de tous les écosystèmes côtiers qui assurent entre autres la protection des côtes, la reproduction de nombreuses espèces, des apports en nutriments, la stabilisation de substrats et d’une façon générale la plupart des interactions et des échanges entre les environnements terrestres et marins.

 

Alt gmsl seas rem

(source : Commons)


Ces trois causes graves de perturbation générale des environnements marins ont toutes la même cause : la pollution atmosphérique avec en premier lieu les rejets de CO2.

Dans leur récent article (Hu et al., 2013), les auteurs partent du constat que les dirigeants politiques sont incapables de décider (et donc encore moins d’appliquer efficacement) des procédures de réduction d’émission de CO2. Ce gaz persiste environ un siècle dans l’atmosphère, alors que d’autres gaz à effet de serre ont des durées de persistance beaucoup plus courtes (de quelques semaines à quelques années) et qu’il pourrait être intéressant d’agir sur ces gaz pour limiter les dégâts à très court terme. Les auteurs ont donc modélisé les effets de la réduction de méthane, de réfrigérants et de particules de carbone. Ces composés influencent le climat beaucoup plus rapidement que le CO2. Ils ont estimé qu’une diminution brutale de 30 à 60% (maximum acceptable selon les économistes) de ces polluants d’ici 2015 pourrait limiter jusqu’à 50% l’augmentation de la température d’ici 2050. Mais l’effet serait moindre si la diminution s’effectuait progressivement d’ici 2040, conduisant à une limitation de l’accroissement de la température d’un tiers seulement d’ici 2100. Très pragmatiques, les auteurs indiquent que cela ne permettrait que de gagner du temps pour s’adapter à l’élévation du niveau des océans sur le long terme…

 

 

Keller et al., 2009. Climate change, coral reef ecosystems and management options for marine protected areas. Environmental Management, 44: 1069-1088.

Hu et al., 2013. Mitigation of short-lived climate pollutants slows sea-level rise. Nature Climate Change, 14 april 2013, doi: 10.1038/nclimate1869.

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6 mai 2013 1 06 /05 /mai /2013 06:30

 

C’est reparti ! Alors que la saison recommence dans les stations balnéaires du littoral méditerranéen, l’abominable créature gélatineuse urticante reviendrait. Enfin, c’est un article pleine page de l’Indépendant du 25 avril qui le dit :

« L’invasion des méduses liée à la surpêche des sardines ? »

 

La phrase introductive est un peu plus détaillée : « créatures marines détestées des baigneurs, la méduse dont les premiers spécimens sont déjà apparus sur nos côtes s’annonce cet été pullulente. La faute à la carence en poissons bleus, affirme un scientifique sétois. » (texte original non corrigé)

 

On passera sur le fait que, pour le rédacteur, il n’y a qu’une seule méduse : la Pelagia noctiluca.

 

Pelagia-noctiluca.jpg

 

Partant du constat qu’il y a déjà eu quelques méduses repérées en ce mois d’avril sur les plages de la Méditerranée, le rédacteur est allé interviewer Philippe Cury, scientifique à l’IRD à Sète. Selon lui, la prolifération de cette méduse s’explique notamment par "la surpêche des anchois et sardines. En Méditerranée, surtout au sud, la surexploitation des stocks atteint 92 % contre 30 % au niveau mondial", assure-t-il pointant du doigt le chalutage. "Il stérilise les fonds marins et laisse champ libre aux méduses qui les colonisent".

 

la-surpeche

 

Dans un encadré titrant « Après le thon, un moratoire sur l’anchois ? », un autre rédacteur dit que « le poisson est rare, sardines et anchois, lorsqu’on en trouve, atteignent des prix records (…) et la taille de la marchandise proposée est proprement scandaleuse ». Et plus loin : « Notre Méditerranée se meurt. Seul un remède de cheval pourrait la sauver : un moratoire de plusieurs années sur des espèces comme l’anchois ou la sardine ».

 

Enfin, sur une colonne de cette même page du journal, un autre article titre « La pollution, pas la pêche ! » C’est le point de vue d’un pêcheur de la Coopérative des pêcheurs de Port-Vendres qui est exposé. Selon lui, « à force de jeter tout et n’importe quoi dans nos eaux côtières, le Golfe du Lion est pollué. Du coup le plancton l’est aussi et le poisson bleu ne mange plus donc il ne grossit pas. (…) Il y a 7 ans, il fallait entre 26 et 32 poissons pour faire un kilo. Maintenant, il faut entre 55 et 80 pièces ». Ce pêcheur « réfute totalement la théorie de Philippe Cury ». Et le rédacteur de finir en disant le pêcheur « nostalgique de 2008 où les pêcheurs rentraient 1200 tonnes contre 700 en 2011 et des brouettes aujourd’hui ».

 

Alors, que penser de tout ça ? Il n’y a sans aucun doute pas une seule et unique cause. Les tonnages interpellent : comment expliquer une chute aussi importante des prises en seulement 4 ans depuis 2008 ? Forte pollution aussi soudaine que brutale ? Douteux… Quant à la diminution de la taille, pas difficile de comprendre que des animaux qui n’ont pas le temps ni les bonnes conditions nécessaires pour grandir… Alors certes la pollution en Méditerranée est abominable depuis des décennies, mais elle n’est pas la seule cause. S’il n’y a plus rien à pêcher aujourd’hui, c’est peut-être parce que trop a déjà été prélevé sans gestion raisonnée ? Quand on constate le chalutage et la pose de filets sans aucune régulation, sans respect des zones interdites, sur les épaves, jusque sur les roches du bord de mer, peut-être faut-il se demander pourquoi ? Pourquoi est-il aujourd’hui « nécessaire » de ratisser à fond partout ? Peut-être parce qu’il n’y a plus grand chose à ratisser par rapport aux décennies précédentes ? Quand il n’y aura plus rien, il n’y aura plus rien, pour personne, définitivement.

 

surpeche - c'est fini y'en a plus greenpeace

 

Personnellement, j’ai une tendance naturelle à écouter plus sérieusement quelqu’un qui expose selon des données scientifiques. Déformation professionnelle sans doute. Quoi qu’il en soit, le constat est là.

 

 

Pour ceux qui voudraient retourner à la source :

http://www.lindependant.fr/2013/04/25/l-invasion-des-meduses-liee-a-la-surpeche-des-sardines,1748896.php link

 

Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le scientifique interviewé :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Cury link

http://www.editions-calmann-levy.com/livre/titre-298338-Une-mer-sans-poissons.html link

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12 mars 2013 2 12 /03 /mars /2013 00:56

 

Plongeur débutant ou expérimenté, tek ou classique, photographe ou non, homme ou femme, jeune ou vieux, PADI ou fédé, etc. Tous sont passés par des formations plus ou moins longues et spécifiques. Tous ont des avis sur la façon de plonger des autres, mais qu’en est-il en réalité ?

Après des décennies de retard administratif par rapport aux actions sur le terrain, la fédé a enfin récemment inclus dans les cursus techniques un très officiel devoir de sensibilisation à l’environnement. Il était grand temps. En effet, depuis des années des scientifiques étudient le comportement des plongeurs selon des critères d’analyse bien définis. Et les résultats ne sont pas joyeux.

 

Dans une étude publiée en 1997 (1), l’effet d’un briefing sur la protection de l’environnement avant la plongée a été évalué. Cette étude a été effectuée dans le parc national de Ras Mohammed. Le contenu du briefing traitait de la vie des coraux, des impacts causés par les plongeurs et du concept de zone protégée. En moyenne, le nombre de contacts avec le substrat a été diminué par 3 et le contact avec des coraux vivants a été divisé par 6. En conclusion, un briefing de ce type incitait les plongeurs à éviter les contacts avec le récif.

Les auteurs concluaient qu’il serait très bénéfique que les écoles de plongée et les fédérations initient des programmes de sensibilisation à la protection de l’environnement. C’était il y a plus de 15 ans…

 

degradation 1*

En 2004, un travail sur les impacts des plongeurs a été mené à Sainte Lucie, aux Antilles. Les contacts avec le substrat ont été dénombrés et l’analyse des fréquences a été rapportée à des catégories de plongées et de plongeurs. Les plongées de nuits causent 2 fois plus de contacts que le jour. Par ailleurs, les plongeurs photographes ont eu 4 fois plus de contacts que les autres. Enfin, si un court briefing n’a pas eu d’effet positif significatif, les interventions immédiates par le guide de plongée après un contact ont ensuite réduit de 2 à 3 fois le nombre de contacts.

Les auteurs concluent que si les briefings trop succincts seuls n’ont pas d’effet, il faudrait des séances plus développées. De plus il faudrait des petits effectifs de palanquées afin que les guides puissent agir in situ.

Cette étude révèle plusieurs problèmes : la difficulté de sensibiliser efficacement les plongeurs, la gestion plus difficile des palanquées nombreuses et la spécificité de catégories de plongeurs qui se développent (comme les photographes) et qui posent des problèmes supplémentaires.

 

Des résultats similaires ont été publiés en 2009 dans une étude menée en Espagne (3). La fréquence moyenne des contacts a été d’environ 1 toutes les 15 secondes, les coups de palmes représentant la grande majorité. Sans surprise, les plongeurs les moins expérimentés causent plus de contacts, mais également ceux qui n’ont pas eu de briefing de sensibilisation, ceux qui ne sont pas accompagnés par un guide et ceux qui ont un appareil photo.

 

Le problème avec les photographes a également été constaté dans une étude menée sur la Grande Barrière de Corail (4). Dans ce travail, les auteurs ont constaté que les photographes causaient 5 fois plus de dommages (coraux cassés) que les non-photographes. Deux observations ont été faites. Tout d’abord, les photographes passent plus de temps à proximité immédiate du substrat et cette activité met en évidence l’incapacité de maîtrise de la flottabilité chez les moins expérimentés. Ensuite, lorsque l’investissement personnel dans la photo est important (financier et/ou objectif principal de la plongée), l’esprit du plongeur se trouve accaparé par cette activité aux dépens des bonnes pratiques de plongée. Autrement dit, la quête de la photo prend le pas sur tout le reste, y compris sur la sécurité du plongeur.

 

degradation 2*

Une autre situation peut compliquer les choses et accentuer les risques de dommages, avec ou sans appareil photo : des animaux particuliers. En 2007, des auteurs ont montré comment les hippocampes et les antennaires étaient bien malgré eux la source d’ennuis pour leur environnement (5). Ces animaux bien camouflés attisent l’intérêt des plongeurs qui se collent au substrat pour les observer. Dans l’étude, si 25% des plongeurs touchaient le récif en l’absence de ces animaux, ils étaient 75% en leur présence et les contacts étaient plus longs. En dehors des zones d’observation de ces animaux, les appareils photos et le palmage étaient les seules causes de contact. Lors de l’observation, les coups de palmes, de manomètre, les appareils photos et les mains étaient les causes de contact. En gros, une fois ces animaux si particuliers aperçus, l’esprit était complètement détourné et les bonnes pratiques de plongée, oubliées.

 

 

Pour résumer tout ce qui vient d’être exposé, le comportement du plongeur est influencé par un ensemble de facteurs sur lesquels il est possible de jouer.

Avant la plongée, une information sérieuse pour une prise de conscience de l’environnement est importante. Heureusement que nombre de plongeurs n’ont pas attendu les directives de leur fédération pour prodiguer conseils, anecdotes, renseignements, trucs et astuces pour que tous les plongeurs qu’ils accompagnent profitent au mieux de leur immersion, qu’ils en retirent plus de plaisir dans le respect des bonnes pratiques.

Pendant la plongée, le plongeur ne doit pas oublier ce qu’il est. Il doit savoir préserver un ordre de priorités dans ses actes. La perte de présence d’esprit peut même être dangereuse dans des conditions plus difficiles (profondeur, courants, faune particulière). Il faut rester concentré et garder l’esprit clair. Si cela ne suffit pas, l’intervention pédagogique du guide de palanquée semble efficace.

Enfin, après la plongée, les photos seront plus belles à regarder si on sait que le fond n’a pas été massacré par un troupeau de sangliers ou que l’hippocampe n’a pas risqué la crise cardiaque après avoir été attrapé et déplacé pour que le cadrage soit meilleur…

 

bonnes pratiques*

 

Je ne suis pas remonté plus loin dans la bibliographie. Les constats d’il y a plus de 15 ans n’ont pas vraiment changé. Ils se sont maintenus avec le développement de la plongée et la démocratisation des caissons étanches. L’effort de sensibilisation doit être renforcé et je commence à douter de l’efficacité des discours académiques depuis tout ce temps. Les initiatives personnelles et l’action raisonnée de chacun sur le terrain sont peut-être une voie de salut ? Je n’ai trouvé aucune étude à ce sujet.

 

 

(1) Medio et al. Biological Conservation, 79: 91-95.

(2) Barker & Roberts. Biological Conservation, 120: 481-489.

(3) Luna et al. Journal of Marine Science, 66: 517-523.

(4) Rouphael & Inglis. Biological Conservation, 100: 281-287.

(5) Uyarra & Côté. Biological Conservation, 136: 77-84.

 

*images provenant de la charte illustrée du Parc National de Port Cros.

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15 février 2013 5 15 /02 /février /2013 07:40

 

inflammable

 

Pour le plongeur, le risque de brûlure est le plus souvent associé au franc soleil ou au thé trop chaud. La brûlure survenant pendant la plongée est un phénomène plus rare. Un cas sévère mérite d’être rapporté afin de prévenir d’autres accidents semblables.

 

Un plongeur est descendu sur l’épave du RMS Lusitania qui repose sur un fond de 90 m. Le torpillage de ce navire a eu des conséquences importantes lors de la Première Guerre mondiale (link). Pour limiter le froid au cours de cette très longue plongée, le plongeur a mis dans son étanche en trilaminé 4 chaufferettes (une derrière chaque épaule et deux sur le bas-ventre) qui s’activent automatiquement à l’air.

Pour une raison inconnue, le plongeur, respirant de l’héliox, utilisait un nitrox pour gonfler son étanche. A 80 m de profondeur, les chaufferettes ont commencé à prendre feu dans la combi. Le plongeur a entamé une remontée d’urgence. Les textiles synthétiques utilisés en sous-couche fondaient sur la peau. Puis c’est la combi qui a fondu, ce qui a entraîné sa rupture. L’entrée d’eau, bienvenue, a éteint l’incendie et le plongeur a pu faire sa remontée avec ses paliers (environ 2 heures au total). Cela a dû paraître une éternité au plongeur qui était alors brûlé sur 35% du corps et plongé dans une eau salée et froide. Mais il a évité l’ADD.

 

brulures

(Curran et al., 2010)

 

L’explication est simple. L’activation est en fait une réaction d’oxydation. La PpO2 très élevée du nitrox à 80 m a produit une oxydation très violente qui a enflammé les chaufferettes. Les textiles synthétiques de la sous-couche ont accentué les blessures.

Les auteurs concluent qu’il ne faudrait pas utiliser de chaufferettes de ce type à pression élevée et/ou à forte concentration en oxygène.

 

Une publication indique que des incendies en caisson hyperbare non suroxygéné sont survenus en raison de matériaux inflammables introduits malgré les consignes.

Une autre publication montre que la température maximale de ce type de chaufferette est d’environ 55°C, ce qui est déjà pas mal. Des tests réalisés à 3 bars n’ont pas montré d’élévation significative de cette température. Mais, en restant à 1 bar et en augmentant la PpO2 (jusqu’à 0,9), la température augmente très fortement (jusqu’à 130°C).

 

En conclusion, il vaut mieux éviter ce type de situation : PpO2 élevée (en fonction ou non de la pression ambiante), chaufferettes fonctionnant par oxydation et sous-couche synthétique. Le mélange, s’il n’est pas détonnant, est fortement réactif !

 

 

Curran, J., McGuigan, K.G., O’Broin, E. 2010. JPRAS. 63: 579-581.

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25 janvier 2013 5 25 /01 /janvier /2013 07:50

 

"L'impératif catégorique « Les femmes et les enfants d'abord » est une pratique chevaleresque, une coutume ou un protocole selon lequel lors d’une menace mortelle (typiquement un naufrage avec un nombre de canots de sauvetage insuffisant), les femmes et les enfants sont les premiers à être sauvés. Cette notion est apparue lors du naufrage du HMS Birkenhead en Afrique du Sud e n 1852, mais est surtout connue lors du naufrage du RMS Titanic en 1912."

Wikipedia

 

naufrage Titanic

 

Les femmes et les enfants d’abord ! Cette expression est-elle appliquée dans la réalité ? Autrement dit, les femmes ont-elles réellement une meilleure chance de survie que les hommes lors de catastrophes en mer ? Les capitaines et leurs équipages donnent-ils la priorité aux passagers lors des évacuations ? Ce sont certaines des questions qui ont été posées par M. Elinder et O. Erixson. Leurs résultats ont été publiés dans le très sérieux et très côté journal PNAS (Proceedings of the National Academy of Sciences) sous le titre « Gender, social norms and survival in maritime disasters ».

 

Les auteurs ont analysé le sort de plus de 15000 individus d'une trentaine de nationalités impliqués dans 18 naufrages entre 1852 et 2011, dont le HMS Birkenhead, le RMS Titanic, le RMS Empress of Ireland et le RMS Lusitania.

 

Les conclusions sont étonnantes. Les femmes ont un taux de survie inférieur par rapport aux hommes (désavantage encore accru dans les catastrophes de bateaux anglais). Les membres d’équipages ont un meilleur taux de survie que les passagers. Et ceux qui ont la plus faible chance de survie sont les enfants.

 

taux de survie mr

 

Les auteurs concluent que dans ces situations de risque vital, le comportement humain est bien caractérisé par l’expression « chacun pour soi » !

 

Alors, est-ce la fin d’un mythe ? En tout cas, cette prétendue priorité de traitement des femmes par rapport aux hommes lors des naufrages semble n’être qu’exceptionnelle, comme dans le cas du Titanic, ce qui va fort heureusement dans le sens de l’égalité des sexes…

 

 

M. Elinder & O. Erixson. 2012. PNAS. 109: 13220-13224

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