Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Pour le retour à l’eau cette année, François avait fait une proposition intéressante : pourquoi ne pas aller à l’étang de Thau ? La plongée est prévue sur un tout petit fond avec un départ du bord, donc conditions favorables pour une remise en route.
L’étang de Thau est réputé pour sa faune benthique et notamment les hippocampes. Ce qu’on ne sait pas forcément a priori, c’est que la zone à visiter est un immense dépotoir, une décharge à ciel ouvert qui se poursuit sous l’eau. De la balise pour la mise à l’eau jusqu’au pourtour du ponton massif autour duquel nous allons tourner, la première vision du site en surface est peu engageante : plusieurs épaves de bateaux à l’abandon, déchets divers et même une bouteille de gaz. Un chalutier visiblement en travaux a coulé à son mouillage durant la nuit.
Au fond, les déchets sont plus ou moins enfoncés dans la vase. Il ne faut absolument pas la remuer. Par rapport aux fonds de la côte rocheuse du Roussillon, des algues de type laitue de mer poussent et tapissent la vase. Ce substrat mou est propice au développement des très nombreux cérianthes.
De proches parents utilisent les algues comme support d’accrochage.
Nous nous approchons du ponton. Il est large et les bateaux amarrés augmentent encore la surface faisant obstacle à la lumière. En dessous, l’ambiance change radicalement.
Entre les piles du ponton sont tendus des cordages depuis longtemps colonisés par de nombreux organismes : éponges, spirographes, ascidies en bouquet ou coloniales, mollusques…
Les piliers sont eux aussi colonisés, notamment par des spirographes pas farouches.
Ces vers sont partout, attachés au béton, au métal, aux déchets assez rigides pour qu’ils s’y fixent.
Il faut être attentif et observateur. A la limite entre vase et algues repose une minuscule étoile de mer d’à peine quelques centimètres.
Un peu plus loin, c’est une doris marbrée qui escalade une algue qui n’entre pas dans son régime alimentaire.
Côte nord du ponton, plusieurs carcasses de voitures gisent plus ou moins dégradées et enfoncées dans la vase.
Ces tas de ferraille offrent des supports rigides dont profitent ceux qui apprécient des substrats durs pour développer des colonies, comme des hydraires et des bryozoaires. C’est intéressant à savoir car une fois qu’on a trouvé la nourriture, on peut chercher les consommateurs :
- Janolus cristatus :
- Polycera quadrilineata :
- Facelina bostonensis :
Mais nous étions venus dans l’espoir de voir des hippocampes. Nous n’en avons vu qu’un seul, mais ce n’est déjà pas si mal. Il était relativement peu nerveux (ce qui n’est pas peu dire pour un hippocampe !) au milieu des algues. Peut-être subissait-il la fraîcheur de l’eau (10 -12 °C) ?
Après une heure d’immersion, nous avons repris des forces au chaud grâce à Alain et Geneviève, bien équipés et qui avaient tout prévu.
Finalement, cette première plongée de l’année a été riche en observations. La faune benthique est importante et variée. Il y aurait de quoi s’amuser des heures avec un bon objectif macro. J’y retournerai avec plaisir à la chasse aux nudibranches et aux hippocampes.
Cependant, il est désolant de voir dans quel état de saleté, de pollution, se trouve cet endroit. Comment peut-on laisser faire depuis des années ? Il y a la pollution visible et la pollution invisible : tous ces déchets, toutes ces épaves contiennent des produits qui se diluent dans cette lagune. Sans parler de tout ce qui a pu être déversé et qu’il est facile d’imaginer. Honte à ceux qui font et honte à ceux qui laissent faire ! Plus ce sera dit, diffusé et connu, moins il sera facile de fermer les yeux.