Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Le mât de l’Alice Robert est encore dressé malgré toutes les misères que lui causent les filets, les mouillages et les conditions de mer depuis 70 ans.
Nous avons l’habitude d’entamer la remontée le long du mât. Il est colonisé sur toute sa surface, du pont au sommet environ 13 m plus haut, par une faune fixée colorée. Année après année, nous croisons toujours les poissons tournoyant autour de lui et parfois un poisson-lune de passage.

Lorsque nous arrivons au sommet, nous avons aussi l’habitude de regarder dans ce long tube. Une grosse huître morte, accrochée au bord à l’intérieur, recouverte de magnifiques corynactis, a longtemps servi d’abri à une blennie.
Mais tout ça, c’était avant… Lors de notre dernière plongée, nous remontions comme d’habitude lorsque quelque chose s’est agité en haut du mât. Une forme mystérieuse est sortie de l’extrémité du tube... Des appendices articulés se sont déployés… Nous sommes 3 à avoir vécu la scène. Nous n’étions plus assez bas pour accuser la narcose. La chose a commencé à nous faire des signes !
L’épave de l’Alice Robert est habitée par de nombreuses espèces. Nous ne connaissions pas celle-là. C’est le génie du mât. Il sort de son trou lorsque les bulles des plongeurs montent en se frottant le long de sa cachette. Il semble amical et chercher la compagnie. D’où vient-il ? Pour en avoir discuté avec de très vieux plongeurs locaux, il pourrait avoir été abandonné par une sirène. Livré à la solitude des fonds marins, il rechercherait la compagnie des plongeurs de passage.
Si d’aventure vous le croisiez, n’ayez crainte, il ne se nourrit que de l’âme des épaves auxquelles il est à la fois passionnément attaché et emprisonné. Seule sa sirène pourrait l’en délivrer…