Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Après tant de temps bloqués loin de la mer pour de désagréables raisons, nous avions besoin de prendre l’air sans que le ciel nous tombe liquéfié sur la tête. En fait d’air, j’avais aussi besoin d’air comprimé pour souffler des bubulles dans l’eau salée, à nouveau respirer le parfum de la Méditerranée, goûter son eau et envie de retrouver les habitants du fond, y compris ceux qui y sont de façon temporaire mais régulière, comme Foifoi-le-copain-des-blennies.
En regardant la photo de cette vue depuis la plage, les conditions qui régnaient ce samedi matin sous le beau ciel bleu semblaient idéales.
Les vaguelettes battaient mollement la grève déserte tandis que nous nous équipions tranquillement pour une promenade subaquatique.
Cependant, un plan plus large donne quelques indices d’une situation moins idyllique.
Non, nous n’étions pas en Corse ! Ce que ne montrent pas les photos, c’est la tram force 8, la mer blanche au-delà de l’anse et le froid de canard. Pour fixer les idées, il faisait 10°C dans l’eau, soit 10 fois plus chaud que dehors (si on écarte les reproches de mathématiciens orthodoxes qui diraient que c’est une impossibilité. Mais ceux-ci apprécient pourtant sûrement que l’eau de leur douche soit au moins 30 fois plus chaude que la température que nous avions à l’extérieur. Comme quoi, l’application de la rigueur conceptuelle a ses limites).
Quel plaisir de se laisser aller dans le bain à nouveau ! Même pas froid, malgré de petites fuites annonçant la mort prochaine de mon étanche…
La visi n’étant pas extraordinaire, nous avons traqué les petites bêtes. L’anse est un très bon endroit pour observer les élysies timides, Elysia timida qui porte mal son nom et encore plus mal son nom vernaculaire puisqu’elle se montre en nombre en plein jour sans crainte. Pire, cet animal possède un pouvoir extraordinaire : la capacité d’apparaître flou sur les photos. Si, si, je vous jure !
Les ophiures noires sont nombreuses également. Elles sont parfois signe d’une qualité dégradée de l’environnement.
Plus rare, une petite étoile peigne étaient en train de s’extraire d’entre deux rochers.
Un poulpe était encore tout ensommeillé, caché dans son trou. Nous ne l’avons pas perturbé.
A cette époque, les spirographes sont tout panache dehors. En été, l’affluence touristique leur rend la vie impossible et ils sont le plus souvent repliés au fond de leur tube.
Un caillou qui bouge ? Non, un bernard l’ermite grimé en tas d’algues squattant une coquille d’Hexaplex truncatus.
C’est la saison de préparation de la reproduction chez les plumules. Les corbules renfermant les individus reproducteurs sont comme des petites cages délicates fixées sur la colonie de polypes.
Comme pour les élysies, l’anse est un très bon endroit pour observer les tritonia rayées.
Les élysies et les tritonia rayées ne sont pas grosses. Mais les juvéniles de marionia de Blainville sont carrément minuscules ! Quelques millimètres de transparence hérissés de branchies plumeuses.
Sur le retour, nous avons semé la panique dans un banc de petits poissons tout excités au-dessus d’une zone de débris de posidonies et de tout un tas d’autres choses entassées là, sûrement par le fait de la courantologie locale. Malheureusement, cette zone est aussi un dépotoir.
Une heure de promenade tranquille et nous regagnons la plage. Les doigts sont un peu gourds et Foifoi a perdu quelques orteils qui reviendront en cours de journée. Malgré les conditions, malgré le peu de profondeur, quel plaisir d’avoir retrouvé le chemin de l’eau salée ! Si tout se passe bien, nous ne tarderons pas à revenir voir les habitants des fonds de la Côte Vermeille.