Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Sur le Disque Monde, la lumière de l’aurore s’écoule lentement, épaisse, recouvrant les plaines comme une marée lente, butant contre les montagnes, luttant pour les passer.
Sous la surface, la lumière du matin peine à pénétrer, absorbée par les particules. Dès les premiers mètres, nous coulons dans du vert, puis du vert sombre, puis du noir… Pourtant, l’eau s’éclaircit. Trop tard, la lumière ne parvient presque plus à nous suivre.
-25 m, le haut du mât.
En dessous, nous remontons le temps. L’aube s’éloigne. La nuit revient. Désormais, les éclats de lumière révèlent ce que nos yeux accoutumés devinent. La croix du mât n’est ni verte, ni noire, ni nue. Elle est enveloppée, encroûtée, colorée. Les anthias ne sont plus les points plus foncés dans la pénombre, mais des points de couleurs chaudes grouillant devant nous.
Minuit sur le pont sous la lointaine lueur ténue d’une lune masquée par les nuages. Le cheminement est cependant sûr car nous déambulons dans notre jardin d’enfant, notre terrain de jeu, s’arrêtant çà et là pour réveiller un objet, le tirer du noir pour le rendre tangible. Mais l’épaisseur de l’obscurité empêche de tout dévoiler d’un coup. D’un canon, la culasse et une partie du support, voilà tout ce à quoi l’on a droit. Une colonie de corynactis habille une manivelle.
Le long d’une cale, une embase de mitrailleuse est moitié duveteuse, moitié encroûtée. Ici aussi une colonie de corynactis vêt l’acier corrodé d’un habit coloré.
La nuit est vite passée. Il nous faut rentrer. Nous laissons notre univers mystérieux à ses habitants. Le jour se lève à nouveau et l’aube s’étire tandis que nous planons durant de longues minutes à quelques mètres sous la surface. Puis vient le moment de se réveiller pleinement : le soleil du matin est presque trop violent.
Fini le rêve, il faut reprendre le cours de la journée qui ne fait que commencer…