Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Les principales épaves de la Côte Vermeille reposent sur des fonds entre 40 et 50 m. Plus la profondeur augmente et moins la lumière pénètre. Lorsqu’en plus les rayons du soleil sont arrêtés par des eaux plus chargées en particules que d’habitude, c’est au mieux la pénombre qui baigne les épaves, au pire la nuit épaisse. Ces conditions pouvant paraître repoussantes ne sont pas pour autant si mauvaises que cela, pourvu que l’on sache en profiter.
Que la visibilité soit très réduite, qu’il fasse nuit, ou les deux à la fois ne signifie pas qu’il est impossible de profiter de l’épave. Car, être guidé par le seul halo de son phare force à cheminer avec prudence et lenteur, donc à découvrir dans le détail.
Il y a toutefois des limites. Ce matin-là régnait sur la poupe du Bananier une pénombre épaisse. Pas une absence de lumière, une faible luminosité que laissaient passer des eaux très chargées en particules. Pour ne rien arranger, cette toute petite partie de l’épave a tant été chalutée qu’elle est en partie brisée et couverte de plusieurs épaisseurs de filets à grosses mailles.
Tenter d’approfondir sa connaissance de cette structure empaquetée dans ces conditions n’est pas chose facile. Difficile de se repérer lorsque toutes les formes sont modifiées sur un morceau de navire planté à peut-être 60°. Il faudrait passer des jours à découper des filets pour révéler ce qu’ils recouvrent. Même le gros canon de 105 mm est difficilement identifiable, à la fois trop gros pour être vu dans son ensemble ce jour-là et pris dans cette épaisse toile d’araignée de filets, de bouts, avec même encore des flotteurs et de la faune encroûtante qui colonise le tout, rendant plus épais encore le tissage sur l’acier. Pourtant, ce canon est en bon état, en meilleur état que ses homologues de l’autre partie, car il est encore protégé par une partie de son masque d’où dépasse la culasse.
Autour de ce canon de poupe, l’armoire à munitions apparaît à peine tant elle est couverte, mais les taquets, solides et massifs, émergent, avec des bouts encore lovés autour et qui sont peut-être d’origine.
Il faudra revenir dans de meilleures conditions pour voir les grenades anti-sous-marines tombées des grenadeurs et pour passer entre les filets pour estimer les dimensions de l’hélice ensablée.
Le lendemain, nous avons visité la partie principale de l’Alice Robert. Malgré une gueuse mystérieusement baladeuse à répétition (pas de son propre fait), nous avons quand même trouvé l’épave après un peu de palmage sur un fond sablo-vaseux. Nous avions planifié une visite du secteur de la double mitrailleuse. Les conditions, à peine meilleures que la veille, se prêtaient justement à l’observation minutieuse d’un petit périmètre. La base d’un affût quadruple de 20 mm est moins cachée sous les lambeaux de filets : les pièces circulaires permettant l’inclinaison des canons sont à présent dégagés. Est-ce que cela s’est fait naturellement ?
Les fourneaux sont facilement accessibles depuis l’écroulement des coursives latérales. Pas d’habitant cette fois dans la cuisine ou, du moins, pas d’habitant visible dans le balayage des lampes.
Derrière se trouve ce qui devait être une grosse marmite à bain-marie. Son couvercle a disparu.
La paroi de la cuisine devient de la dentelle de rouille. Les emplacements des hublots sont des trous parfaitement circulaires plus gros que les autres orifices qui se forment dans cette cloison d’une extrême fragilité.
A côté de la cuisine se trouvait une pompe de cale. Elle est à présent un peu plus loin. Elle a perdu son couvercle et se trouve étrangement posée à un endroit et dans une position où elle n’a pas pu arriver toute seule depuis la dernière fois que je l’ai photographiée.
Il se passe vraiment des choses pas naturelles sur cette épave. Je pense que cette pompe de cale va mystérieusement disparaître très prochainement… A moins que des plongeurs vigoureux se débrouillent pour la mettre quelque part où il sera beaucoup plus difficile de lui faire prendre son envol vers la surface…