Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Qui dit Polynésie dit plongée sous marine. Découvrez les conseils d’un loup de mer expert en la matière, le journaliste Patrick Mioulane.
Véritable paradis sur terre, la Polynésie promet aussi l’éden sous la mer. Des tourbillons de couleurs enchanteurs aux grands frissons des dents de la mer, c’est une des destinations favorites du journaliste et photographe Patrick Mioulane. L’auteur du best-seller Le Tour du Monde en 80 Plongées (co-écrit avec Raymond Sahuquet) et du Nouveau Tour du Monde en 80 Plongées (co-écrit avec Raymond Sahuquet, Pascal Kobeh et Lional Pozzoli) explore les fonds polynésiens depuis bientôt 40 ans. Aujourd’hui il nous prodigue quelques conseils pour découvrir cette région et partage avec nous ses spots de prédiléction. Entretien avec un gros poisson, pêché et interviewé par Normandie Hoche, journaliste et rédactrice pour Sunsail.
Où plonger lorsqu’on est débutant ?
On peut faire du snorkelling partout. Pour s’initier à la plongée dans des conditions confortables, Bora Bora est le meilleur endroit, car il n’y a presque pas de courant et les eaux sont claires. C’est parfait pour faire des petites photos souvenirs sous l’eau avec des appareils pas chers. Même à moins de cinq mètres de profondeur dans le lagon, on trouve des grandes raies et des requins pointes noires quasi inoffensifs.
©Istock.com/ Jesshorsenaround
Où sont les plus belles plongées ?
A Moorea où le courant perturbe rarement la plongée. A l’époque où j’ai commencé à y aller, en 76, on descendait nourrir les poissons et on se retrouvait avec un arc en ciel virevoltant autour de nous. On y trouve aussi des murènes et des requins pointes noires, comme partout en Polynésie. On peut aussi se rendre aux spots appelés « Tiki » et « Shark Dining » pour voir des requins citrons. Mais il faut être plongeur confirmé pour les affronter car ces plongées se déroulent à 30 mètres de profondeur et plus dans un éboulis corallien.
Où voir du gros poisson ?
On plonge à Rangiroa pour le « gros » avec trois grandes vedettes :
- Les raies manta : elles sont immenses, on dirait des autobus qui planent ! Elles viennent même à des endroits peu profonds.
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- Les Grands dauphins (Tursiops truncatus) : D’habitude ces mammifères ne se laissent pas approcher par les plongeurs car le bruit des bulles les dérange. Pour les atteindre, il faut être en apnée ou avoir un recycleur. Mais ces dauphins là viennent naturellement vers vous, malgré vos bouteilles ! En raison de la profondeur quasi abyssale du fond, les dauphins semblent apparaître comme par magie, sortant du grand bleu comme s'ils venaient de nulle part… Ils vous regardent d’un œil qui pétille.
© Phototèque Sunsail link
« Je n’ai pas fait une plongée en Polynésie sans voir de requins »
- Les requins : Ils sont partout, je n’ai pas fait une plongée en Polynésie sans en voir. C’est pour eux que les plongeurs viennent, y compris ceux qui ne portent pas de bouteilles. Certains hôtels mettent simplement les gens en cercle dans le lagon, un appât dans l’eau et chacun peut observer les petits requins pointe noire. Mais le meilleur endroit pour conaître le grand frisson est « la grotte aux requins » ou « la passe aux 300 requins » comme nous l’appelons dans le livre. Ils attendent à la sortie de la passe de Tiputa, à 35 mètres de profondeur car, à marée sortante, la passe déverse dans l’océan l’eau du lagon et les poissons avec ! Il faut être expérimenté, car il y a beaucoup de courant et on se confronte aux grands requins du large comme des requins soyeux et despointes blanches du large. On trouve aussi la plus grosse concentration de requins gris de récifs, à 70 mètres, et on peut aussi parfois voir passer furtivement la silhouette d'un grand requin marteau (Sphyrna mokarran).
© Phototèque Sunsail link
Comment plonger à Rangiroa ?
On plonge dans ces zones de passe soit à l’étale soit en marrée rentrante, autrement il y a un courant à décorner les bœufs. Il m’est arrivé de faire des sessions entières sans donner un seul coup de palme ! Vous pouvez vous laisser porter en plongée travelling. Vous équilibrez votre bouée, vous croisez les bras et vous regardez ce qu’il se passe. Et il se passe beaucoup de choses !
© Phototèque Sunsail link
Mais il faut rester très vigilant. Un jour, je faisais de la photo, j’étais complètement absorbé par ce que je faisais et soudain un requin a voulu me goûter la main. Il n’a pas trop aimé mon goût, mais ça m’a valu 27 points de sutures ! C’est ma faute parce que j’étais isolé alors que les plongeurs doivent au moins rester en binôme et se surveiller en permanence pour respecter les consignes de sécurité.
Une bonne expérience si on veut sortir un peu de l’eau…
J’aime beaucoup le Kia Ora Sauvage, c’est l’annexe de l’hôtel Kia Ora, à une heure de bateau dans le lagon. C’est bien pour passer une ou deux nuits dans une ambiance Robinson Crusoé, mais très confortable. On y mange de la nourriture excellente et on fait des découvertes de coquillages et des veillées : dépaysement total.
© Gie Tahiti Tourisme
Avez-vous remarqué des changements dans le paysage aquatique et les comportements vis-à-vis de celui-ci en Polynésie ?
C’est une région qui subit fréquemment de grosses tempêtes et ouragans donc beaucoup de coraux ont été cassés. Hormis ça, je n’ai pas observé de gros changements. C’est loin et cher, donc accessible à moins de gens et mieux protégé. De plus, beaucoup de poissons ne sont pas comestibles car ils sont contaminés par la ciguatéra (dite « gratte » : l’un des symptômes de la maladie) causée par l’absorption d’une algue toxique . Par conséquent, les pêcheurs pêchent moins et il y a plus de choses à voir. Pour toutes ces raisons, la Polynésie reste un joyau préservé.
© Phototèque Sunsail
« Quand un animal vivant a plus de valeur qu’un animal mort, on peut être sûr de sa pérennité. »
Mais de manière générale, la façon d’appréhender le monde aquatique a changé. Lorsqu'une espèce marine commence à se raréfier, il suffit souvent d'en interdire la pêche pendant deux à cinq ans pour que les stocks se reconstituent. Idem pour les récifs coralliens qui, lorsqu'ils sont protégés, sont capables de reformer un écosystème riche et varié en une dizaine d'années. C’est la force de renouveau de la nature et c’est à nous de la gérer. Les Maldiviens ont été les premiers à décréter la protection totale des requins. Lorsqu’ils ont compris que les touristes venaient pour voir des requins vivants et que l’espèce était en danger, ils ont arrêté la pêche. Quand un animal vivant a plus de valeur qu’un animal mort, on peut être sûr de sa pérennité. Les plongeurs aussi ont changé : on ne soulève plus les plus les blocs de coraux comme avant pour dénicher crevettes et nudibranches. On cherche davantage à observer, à se faire discret dans un monde qui n'est pas le nôtre et que le plongeur a pour mission de respecter et de protéger.
© Gie Tahiti Tourisme– Gregoire Le Bacon
A quelles plongées avez-vous envie de vous attaquer maintenant ?
- Le Sardine Run en Afrique du Sud m'intéresse beaucoup. C’est un banc de sardines de 2 km de long. On peut voir les cormorans percer l’eau pour essayer d'attraper les poissons. Mais il faut être un plongeur expérimenté, car on est au milieu de l’océan avec des requins, des baleines et des dauphins et on y voit rien. C’est une véritable curée, comme le montre le film Océans de Jacques Perrin.
photo by wanderlasss
- Les baleines aux îles Australes. C'est l'un des seuls endroits au monde où l’on peut plonger aux côtés des baleines. Il faut être en apnée.
- L'Antarctique, pour voir des léopard des mers, des orques et des manchots. Je ne suis pas un spécialiste des eaux froides mais j'aime l'idée que, lorsqu’il n'y a pas de plancton, c'est comme plonger dans une bouteille d'eau minérale.
Propos recueillis par Normandie Hoche
Crédits photo :
Patrick Mioulane Portrait : © Agence MAP/MISE AU POINT
Normandie Hoche : photo by Normandie Hoche