Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Sauvage
Il aura fallu beaucoup de temps pour que la prise de conscience de l’environnement aquatique entre officiellement dans les cursus de formation technique du plongeur fédéral, dès le début de sa vie de plongeur. En principe, tout palmipède plus ou moins néoprenisé doit avoir entendu qu’il ne faut pas ravager les fonds, qu’il ne faut rien arracher, rien remonter, ne rien toucher en fait.
Comme les divers usagers de la mer sont incapables de préserver l’environnement marin, les dégâts finissent par se voir. Pour cela, on crée des réserves, ces endroits plus ou moins sanctuarisés selon le bon vouloir de ceux qui y séjournent car le non respect des règles dans ce pays est une sorte de sport national.
Imaginons donc un jeune plongeur, découvrant avec joie et enthousiasme les fonds de la réserve marine de Cerbère-Banyuls, la tête toute pleine de tous ces bons principes de protection de la nature. Il se promène, suivant son guide de palanquée qui traque l’animal emblématique des lieux : le mérou. Soudain, le guide s’arrête et fait signe au jeune plongeur de s’avancer tout doucement. D’un signe convenu, il lui indique la présence d’un beau spécimen. Le jeune plongeur, un peu malhabile, s’approche tout en essayant de garder sa stabilisation, de ne pas toucher la roche, de ne pas palmer dans les gorgones, de ne pas s’accrocher, tout en restant assez calme pour ne pas effrayer le symbole de la réserve naturelle. Et là, sous ses yeux ébahis, il le voit. Il voit cet animal, tranquillement posé sur la roche, écrasant quelques gorgones, se frottant contre de fragiles éponges encroûtantes, massacrant sûrement plusieurs délicates clavelines transparentes !
Sauvage ! Sapajou ! Ornithorynque ! Cercopithèque ! Le jeune plongeur n’a pas pu se retenir et ses injures Haddockiennes, bien que borborygmes dans cet univers aqueux, déplaisent à l’animal qui fuit, donnant un grand coup de nageoire caudale dans les fragiles gorgones blanches…
Morales de l’histoire :
- Ce n’est pas parce qu’on constate des comportements irrespectueux qu’il faut croire qu’on est en droit de les faire soi-même.
- Il ne faut pas avaler tout ce qu’on cherche à nous faire avaler sans chercher à en comprendre le sens.