Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Considérons que la surface est le ciel.
Considérons que lorsque nous descendons nous nous rapprochons.
Considérons que moins on s’élève et plus il fait froid.
Considérons que l’eau est l’atmosphère de l’autre monde.
Considérons que les oiseaux sont des poissons.
Considérons que sous ces cieux lumineux s’étendent des reliefs et des océans.
Considérons que les courants sont les vents, que la météo est changeante.
Ce matin, nous approchons de l’Alice-Robert. La descente presque verticale ne donne pas le vertige, heureusement ! Mais ce n’est pas une épave de navire que nous trouvons. C’est un archipel d’îlots d’acier perdus sur un océan de brouillard.
La nappe étrangement lumineuse semble épaisse de loin, mais de plus près elle est vaporeuse bien que dense.
Nous n’atterrissons pas, nous poursuivons le vol d’îlot en îlot, du nord au sud, de l’arrière vers la proue.
Les chapelets de bulles de ceux qui se sont enfoncés dans la couche blanchâtre sont les seuls signes tangibles de leur présence à peine quelques mètres plus bas.
De loin, le mât se dresse comme un phare éteint, repère émergeant visible des dizaines de mètres à la ronde.
Par moments, des masses sombres affleurent comme autant de récifs au ras de la surface.
Considérons que nous avons changé de monde et que les règles de celui-ci sont étranges.
Considérons que les poissons ont raison de rester glisser au-dessus de ce brouillard.
Alors nous n’irons pas plonger sous ces eaux qui piègent la lumière et masquent la vue. Non, nous resterons là, planant à la surface des choses, profitant de ce pays imaginaire dont la survie est à la merci d’un souffle de courant.
Et dans tout ça, l’azote n’y est pour rien…