Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Il ne faut pas oublier la raison d’être de cette épave. Le Sor, appelé simplement la péniche, a été coulé pour devenir un récif artificiel sur ce fond sablo-vaseux morne et plat. Ce bateau a été suivi par une série de lamparos immergés à leur tour à quelques dizaines de mètres dans toutes les directions. Comme nous l’avons constaté, il ne reste pas grand-chose de ces petites embarcations qui n’ont pas survécu au temps et aux filets. Pour autant, n’y a-t-il pas de vie sur ce site ? Bien sûr qu’il y en a. La diversité varie naturellement selon la saison. Même en hiver, il y a des animaux à observer. La faune n’est pas très différente de celle que l’on voit sur d’autres sites rocheux. Il y a ceux qui trouvent là de nombreuses possibilités de cachettes durant la journée comme les poulpes et les congres,

ou parce qu’ils vivent comme les Hobbits, préférant toujours leur trou et ne s’en éloignant guère, comme les blennies.

Il y a les rascasses qui se moquent de trouver un trou puisque leur camouflage est performant et que leurs épines sont censées repousser les indésirables. Cela dit, leur camouflage est efficace tant qu’il n’y a pas un plongeur avec une bonne lampe…
La lumière artificielle fait bien ressortir les teintes chaudes des rascasses, tout comme celles des godives orange.
L’œil est attiré par ces vives couleurs, mais moins par la transparence des bouquets de clavelines, ces petites ascidies si délicates.

Les godives orange sont observables toute l’année, tout comme les doris géantes.

Après deux saisons étonnamment riches en doris géantes tout le long de la côte rocheuse, ces nudibranches de belle taille se font bien rares, sauf sur la Péniche dont c’est l’une des spécificités.
Il y a d’autres nudibranches comme les doris marbrées (absentes en ce moment), les flabellines mauves et les coryphelles mauves.
Ces mollusques aiment la nourriture épicée qui colonise la péniche. Il y a d’autres cnidaires qui n’ont pas grand-chose à craindre des nudibranches, comme les cérianthes.
Sur le fond, en cherchant les restes de lamparos, il y a quelques vérétilles dressées, tous les polypes dehors.
Terminons enfin ce petit tour très restreint de la biodiversité facilement observable avec un animal hérissé de pointes, chasseur féroce, d’une force peu commune : l’étoile de mer glaciaire. C’est toujours un plaisir de la regarder se mouvoir (remarquablement rapidement pour une étoile de mer) avec tous ses pieds ambulacraires adhérents couvrant le dessous de ses bras puissants.
Ce site qui devait devenir un assemblage de supports de colonisation et d’abris pour la faune a considérablement souffert de la dégradation volontaire de ceux qui considèrent la mer à eux, se réservant ainsi le droit de la vider sans état d’âme. Cette petite épave peu profonde est bien seule aujourd’hui sur ce fond ratissé. Les nombreux lambeaux de filets témoignent de l’intérêt porté à cette tentative de repeuplement…