Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
La presse plongée semble soudain se souvenir de l’existence des récifs artificiels (Plongée Mag et Subaqua de ce mois-ci) : tous ces fonds où l’on aimerait bien que la vie revienne, puisqu’on constate qu’elle en est partie… Derrière ces tentatives, il y a l’idée de fournir des habitats théoriquement protégés. C’est une autre manière de faire que de créer des zones marines protégées, à la différence que dans ce second cas, c’est un environnement incluant un ou plusieurs écosystèmes préexistants que l’on veut sauvegarder. C’est une idée louable, mais est-elle viable ? Je parlerai une prochaine fois des études concernant les moyens de fonctionnement de ces zones. En effet, la question de la durabilité, et donc de la réussite des projets, est posée. Car protéger des effets de la surpêche, réglementer l’accès aux plaisanciers et autres usagers des loisirs aquatiques n’est pas suffisant. D’autres menaces planent et elles sont liées au changement climatique, donc en bonne partie à nous.
Dans leur publication (Keller et al., 2009), les auteurs passent en revue une série de problèmes reliant le changement climatique, les écosystèmes récifaux et la gestion des zones marines protégées. Parmi l’ensemble des causes et des conséquences visibles ou attendues, trois facteurs globaux ont la même origine.
(source : Commons)
Le réchauffement climatique inclut le réchauffement des océans. La température aurait augmenté deux fois plus ces 50 dernières années que durant les 100 dernières et les prédictions seraient de +1,8 à +4°C à la surface avant la fin du siècle. Cette élévation de température pourrait provoquer des perturbations dans les périodes de reproduction, la répartition de populations, les interactions trophiques et le blanchiment des coraux (en intensité et en fréquence des événements).
Les mers et océans absorbent un tiers du CO2 émis dans l’atmosphère par les activités humaines. En conséquence, le pH aurait baissé de 0,1 unité depuis le début de l’ère industrielle. Etant donné la crainte d’un doublement de la concentration en CO2 durant les 50 prochaines années, cette acidification pourrait s’accélérer significativement. Elle pourrait avoir des conséquences sur tous les organismes bâtisseurs de récifs par précipitation de carbonate de calcium (coraux, algues calcaires), mais aussi ceux qui se construisent une enveloppe calcaire (oursins, organismes planctoniques). Ainsi, les récifs pourraient s’éroder plus rapidement que leur construction, ce qui les rendrait d’autant moins capables de supporter d’autres stress environnementaux, mettant ainsi en danger la biodiversité de tous les écosystèmes dépendants des animaux bâtisseurs.
La montée du niveau des océans cause déjà des déplacements de populations humaines. C’est le début visible d’un mécanisme qui va lui aussi s’accentuer. Sur les 100 dernières années, le niveau moyen des océans s’est élevé de 1 à 2 mm par an. Mais en ne prenant en compte que les dernières décennies, la vitesse est de 3 mm par an. Les prédictions vont de +20 cm à +2 m durant ce siècle. Les conséquences sont très variées, mais globalement, elles portent sur la perturbation, la destruction et/ou la disparition de tous les écosystèmes côtiers qui assurent entre autres la protection des côtes, la reproduction de nombreuses espèces, des apports en nutriments, la stabilisation de substrats et d’une façon générale la plupart des interactions et des échanges entre les environnements terrestres et marins.
(source : Commons)
Ces trois causes graves de perturbation générale des environnements marins ont toutes la même cause : la pollution atmosphérique avec en premier lieu les rejets de CO2.
Dans leur récent article (Hu et al., 2013), les auteurs partent du constat que les dirigeants politiques sont incapables de décider (et donc encore moins d’appliquer efficacement) des procédures de réduction d’émission de CO2. Ce gaz persiste environ un siècle dans l’atmosphère, alors que d’autres gaz à effet de serre ont des durées de persistance beaucoup plus courtes (de quelques semaines à quelques années) et qu’il pourrait être intéressant d’agir sur ces gaz pour limiter les dégâts à très court terme. Les auteurs ont donc modélisé les effets de la réduction de méthane, de réfrigérants et de particules de carbone. Ces composés influencent le climat beaucoup plus rapidement que le CO2. Ils ont estimé qu’une diminution brutale de 30 à 60% (maximum acceptable selon les économistes) de ces polluants d’ici 2015 pourrait limiter jusqu’à 50% l’augmentation de la température d’ici 2050. Mais l’effet serait moindre si la diminution s’effectuait progressivement d’ici 2040, conduisant à une limitation de l’accroissement de la température d’un tiers seulement d’ici 2100. Très pragmatiques, les auteurs indiquent que cela ne permettrait que de gagner du temps pour s’adapter à l’élévation du niveau des océans sur le long terme…
Keller et al., 2009. Climate change, coral reef ecosystems and management options for marine protected areas. Environmental Management, 44: 1069-1088.
Hu et al., 2013. Mitigation of short-lived climate pollutants slows sea-level rise. Nature Climate Change, 14 april 2013, doi: 10.1038/nclimate1869.