Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Les zones marines protégées ont été multipliées depuis une trentaine d’années avec une formule générale qui pourrait être « penser globalement, agir localement ». Dans leur publication de 2006 [1], les auteurs dressent un constat assez négatif sur la réalité du fonctionnement de ces zones : 70 à 80 % ne seraient pas activement gérées. Ils reprennent aussi les estimations datant de 2002 sur l’évaluation de l’efficacité de la gestion de plus de 650 zones protégées : à cette époque, n’étaient gérées convenablement que 14% des zones en Asie du Sud-Est et 6% dans les Caraïbes et dans les régions sous gouvernance française du Pacifique et de l’Océan Indien. La cause principale est le manque d’argent, dont les sources sont fluctuantes et incertaines. A contrario, les zones marines protégées parviennent à leurs objectifs de fonctionnement équilibré entre protection et développement économique lorsqu’elles ont un autofinancement régulier et durable. Un des moyens d’y parvenir est de mettre à contribution les visiteurs, donc en premier lieu les plongeurs. Dans cette étude, les auteurs ont soumis un questionnaire à plus de 500 structures organisant la plongée de façon à atteindre non seulement les sociétés, mais aussi les plongeurs. La principale conclusion est que les structures commerciales ne seraient pas opposées à l’instauration ou à l’augmentation de droits d’accès aux zones protégées à condition que la collecte de ces droits et leur utilisation soient transparentes.
Dans une étude de 2010 portant sur le parc marin de Bonaire [2], les auteurs rappellent que si les structures organisant la plongée bénéficient d’une augmentation de clients (et donc de revenus) parce qu’elles peuvent vendre de la plongée dans une zone marine protégée, les retombées pour les organismes de gestion des zones protégées sont faibles. Les auteurs ont questionné 300 plongeurs sur le montant des droits d’entrée dans le parc marin (10 $ par an) et 94 % d’entre eux ont dit que si le montant était doublé, ils accepteraient de le payer sans que cela porte à conséquence sur leur décision de venir plonger à cet endroit.
Enfin, dans une étude de 2013 portant sur le financement pour la protection de la biodiversité marine à La Barbade [3], les auteurs ont posé le problème un peu différemment. Tout d’abord, ils rappellent l’estimation des pertes financières dues à la dégradation d’origine humaine des récifs coralliens dans les Caraïbes : 300 millions de dollars par an pour le tourisme et 140 millions de dollars par an pour la pêche. Pourtant, de nombreuses études montrent que les ressources naturelles sont plus valorisables lorsqu’elles sont conservées. Mais le problème est que les bénéfices de la conservation se font sentir sur le long terme, alors que les gains des activités économiques qui dégradent sont immédiats… Pour en revenir aux plongeurs comme source potentielle de revenus réguliers, les auteurs ont fait le lien entre le montant des droits d’accès et les qualités attendues sur les sites de plongée par les visiteurs. Clairement, les plongeurs se sont déclarés prêts à payer plus cher à condition que les sites soient moins fréquentés (ce qui implique plus de sites aménagés) et qu’ils soient de bonne qualité avec notamment des rencontres fréquentes avec les animaux emblématiques de cette zone.
Beaucoup de plongeurs qui voyagent le savent, il est devenu habituel d’avoir des frais supplémentaires pour s’immerger dans des zones protégées. Ces revenus sont-ils suffisants pour faire fonctionner durablement ces zones protégées ? En l’absence d’un bilan récent, il est difficile de répondre. Mais il faut espérer que la situation soit meilleure qu’en 2006.
Par ailleurs, les plongeurs choisissent aussi leurs destinations en raison de la qualité des sites, critère qui est directement lié à l’existence de zones protégées commercialement « vendables ». Le bénéfice des structures de plongée directement concernées parce qu’elles organisent l’essentiel de leurs sorties dans des zones protégées est évident, alors que le gain pour les organismes de gestion semble très aléatoire selon les cas. Est-ce normal ? Ne peut-il y avoir la conclusion de partenariats gagnant-gagnant ?
Enfin, que penser des zones dont la faiblesse des moyens réduit les capacités de gestion, de surveillance et d’action ? Au bout du compte, tout le monde y perd : le tissu économique local, les structures de plongée et bien évidemment, le plongeur.
Je ne sais pas pour vous, mais j’ai l’impression de connaître une telle situation pas exotique, pas éloignée dans un pays en voie de développement, pas difficilement accessible ni donc très coûteuse, où des efforts sont faits, où un effet réserve est tout de même visible mais où les sites sont très fréquentés et où certaines règles restrictives ne sont pas respectées… Pourquoi chez nous n’est-il pas possible d’avoir un dialogue constructif entre pêcheurs, structures de plongée et organismes de gestion sur la question du respect des règles, de la gestion durable et du financement ?
[1] Depondt, F. & Green, E., Ocean and Coastal Management, 2006, 49: 188-202
[2] Thur, S., Marine Policy, 2010, 34: 63-69
[3] Schuhmann, P. et al., Journal of Environmental Management, 2013, 121: 29-36