Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Plongeur débutant ou expérimenté, tek ou classique, photographe ou non, homme ou femme, jeune ou vieux, PADI ou fédé, etc. Tous sont passés par des formations plus ou moins longues et spécifiques. Tous ont des avis sur la façon de plonger des autres, mais qu’en est-il en réalité ?
Après des décennies de retard administratif par rapport aux actions sur le terrain, la fédé a enfin récemment inclus dans les cursus techniques un très officiel devoir de sensibilisation à l’environnement. Il était grand temps. En effet, depuis des années des scientifiques étudient le comportement des plongeurs selon des critères d’analyse bien définis. Et les résultats ne sont pas joyeux.
Dans une étude publiée en 1997 (1), l’effet d’un briefing sur la protection de l’environnement avant la plongée a été évalué. Cette étude a été effectuée dans le parc national de Ras Mohammed. Le contenu du briefing traitait de la vie des coraux, des impacts causés par les plongeurs et du concept de zone protégée. En moyenne, le nombre de contacts avec le substrat a été diminué par 3 et le contact avec des coraux vivants a été divisé par 6. En conclusion, un briefing de ce type incitait les plongeurs à éviter les contacts avec le récif.
Les auteurs concluaient qu’il serait très bénéfique que les écoles de plongée et les fédérations initient des programmes de sensibilisation à la protection de l’environnement. C’était il y a plus de 15 ans…
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En 2004, un travail sur les impacts des plongeurs a été mené à Sainte Lucie, aux Antilles. Les contacts avec le substrat ont été dénombrés et l’analyse des fréquences a été rapportée à des catégories de plongées et de plongeurs. Les plongées de nuits causent 2 fois plus de contacts que le jour. Par ailleurs, les plongeurs photographes ont eu 4 fois plus de contacts que les autres. Enfin, si un court briefing n’a pas eu d’effet positif significatif, les interventions immédiates par le guide de plongée après un contact ont ensuite réduit de 2 à 3 fois le nombre de contacts.
Les auteurs concluent que si les briefings trop succincts seuls n’ont pas d’effet, il faudrait des séances plus développées. De plus il faudrait des petits effectifs de palanquées afin que les guides puissent agir in situ.
Cette étude révèle plusieurs problèmes : la difficulté de sensibiliser efficacement les plongeurs, la gestion plus difficile des palanquées nombreuses et la spécificité de catégories de plongeurs qui se développent (comme les photographes) et qui posent des problèmes supplémentaires.
Des résultats similaires ont été publiés en 2009 dans une étude menée en Espagne (3). La fréquence moyenne des contacts a été d’environ 1 toutes les 15 secondes, les coups de palmes représentant la grande majorité. Sans surprise, les plongeurs les moins expérimentés causent plus de contacts, mais également ceux qui n’ont pas eu de briefing de sensibilisation, ceux qui ne sont pas accompagnés par un guide et ceux qui ont un appareil photo.
Le problème avec les photographes a également été constaté dans une étude menée sur la Grande Barrière de Corail (4). Dans ce travail, les auteurs ont constaté que les photographes causaient 5 fois plus de dommages (coraux cassés) que les non-photographes. Deux observations ont été faites. Tout d’abord, les photographes passent plus de temps à proximité immédiate du substrat et cette activité met en évidence l’incapacité de maîtrise de la flottabilité chez les moins expérimentés. Ensuite, lorsque l’investissement personnel dans la photo est important (financier et/ou objectif principal de la plongée), l’esprit du plongeur se trouve accaparé par cette activité aux dépens des bonnes pratiques de plongée. Autrement dit, la quête de la photo prend le pas sur tout le reste, y compris sur la sécurité du plongeur.
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Une autre situation peut compliquer les choses et accentuer les risques de dommages, avec ou sans appareil photo : des animaux particuliers. En 2007, des auteurs ont montré comment les hippocampes et les antennaires étaient bien malgré eux la source d’ennuis pour leur environnement (5). Ces animaux bien camouflés attisent l’intérêt des plongeurs qui se collent au substrat pour les observer. Dans l’étude, si 25% des plongeurs touchaient le récif en l’absence de ces animaux, ils étaient 75% en leur présence et les contacts étaient plus longs. En dehors des zones d’observation de ces animaux, les appareils photos et le palmage étaient les seules causes de contact. Lors de l’observation, les coups de palmes, de manomètre, les appareils photos et les mains étaient les causes de contact. En gros, une fois ces animaux si particuliers aperçus, l’esprit était complètement détourné et les bonnes pratiques de plongée, oubliées.
Pour résumer tout ce qui vient d’être exposé, le comportement du plongeur est influencé par un ensemble de facteurs sur lesquels il est possible de jouer.
Avant la plongée, une information sérieuse pour une prise de conscience de l’environnement est importante. Heureusement que nombre de plongeurs n’ont pas attendu les directives de leur fédération pour prodiguer conseils, anecdotes, renseignements, trucs et astuces pour que tous les plongeurs qu’ils accompagnent profitent au mieux de leur immersion, qu’ils en retirent plus de plaisir dans le respect des bonnes pratiques.
Pendant la plongée, le plongeur ne doit pas oublier ce qu’il est. Il doit savoir préserver un ordre de priorités dans ses actes. La perte de présence d’esprit peut même être dangereuse dans des conditions plus difficiles (profondeur, courants, faune particulière). Il faut rester concentré et garder l’esprit clair. Si cela ne suffit pas, l’intervention pédagogique du guide de palanquée semble efficace.
Enfin, après la plongée, les photos seront plus belles à regarder si on sait que le fond n’a pas été massacré par un troupeau de sangliers ou que l’hippocampe n’a pas risqué la crise cardiaque après avoir été attrapé et déplacé pour que le cadrage soit meilleur…
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Je ne suis pas remonté plus loin dans la bibliographie. Les constats d’il y a plus de 15 ans n’ont pas vraiment changé. Ils se sont maintenus avec le développement de la plongée et la démocratisation des caissons étanches. L’effort de sensibilisation doit être renforcé et je commence à douter de l’efficacité des discours académiques depuis tout ce temps. Les initiatives personnelles et l’action raisonnée de chacun sur le terrain sont peut-être une voie de salut ? Je n’ai trouvé aucune étude à ce sujet.
(1) Medio et al. Biological Conservation, 79: 91-95.
(2) Barker & Roberts. Biological Conservation, 120: 481-489.
(3) Luna et al. Journal of Marine Science, 66: 517-523.
(4) Rouphael & Inglis. Biological Conservation, 100: 281-287.
(5) Uyarra & Côté. Biological Conservation, 136: 77-84.
*images provenant de la charte illustrée du Parc National de Port Cros.