Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Atlantide, Mu, Ys…Continents, sociétés, lieux perdus, engloutis par les eaux salées. Les océans ont bon dos : ils ne se défendent pas des actes dont on les accuse sans preuve. Dès que les choses passent sous la surface des flots, elles courent le risque d’être perdues, oubliées et de devenir mystérieuses, légendaires.
Il y a les disparitions avérées, dont on a l’histoire et dont la trace est parfois retrouvée. Beaucoup plus modestement que tout un continent, les épaves constituent de nombreux exemples. Chaque épave, selon son age, son origine, son état, peut avoir un pouvoir évocateur plus ou moins fort. Le plongeur-loisir qui la visite est dans un état d’esprit différent de celui en surface, bien plus propice à l’évasion. Quant à l’épave, ce qu’elle offre alors peut révéler tout un monde, un petit monde animé, un monde replié sur lui-même, un monde isolé par les flots et qui a disparu en eux. Il y avait une vie, il y a eu une histoire. Nous n’en connaissons souvent pas tous les détails et la mer nous met des bâtons dans les palmes afin que nous ne découvrions pas tout d’un coup, clairement, avec évidence. Les indices sont dispersés, la brume enveloppe les vestiges, le temps est compté et l’azote agit sournoisement…
Même connue, visitée, revisitée, l'épave reste un petit monde englouti, disparu, qui renaît mais… Qui garde une part du mystère qu’il a su créer dans l’esprit du visiteur.
Il y a parfois aussi les observations, les découvertes réalisées au fond, devenant la source de questions. Lorsque l’émotionnel prend le pas sur le rationnel, que l’éloignement et la difficulté des conditions compliquent le retour sur place, l’esprit peut voguer sur des eaux troubles, habité de souvenirs flous que les photos n’éclaircissent pas toujours.
Imaginez… La visi est très réduite. Le fond de sable est uniforme, plat. Soudain, un premier bloc de roche. Ses contours se devinent progressivement dans le halo des lampes. Ils sont lisses, anguleux, très anguleux, si anguleux qu’on se demande même si cette roche encroûtée n’est pas en réalité un bloc de béton. De chaque côté, d’autres blocs de la même forme parallélépipédique, séparés comme s’ils avaient été libérés de leur ciment de jointure, cassés comme des morceaux de chocolat d’une énorme tablette reposant dans leur ordonnance d’origine, semblent recouvrir un tertre faiblement élevé. Durant les paliers, puis plus tard à terre, les questions affluent : quel était ce lieu en aucune manière comparable à tous les autres de la côte, sauf peut-être un, moins circulaire, moins profond, plus étalé, plus érodé, plus dégradé… Dégradé ? Etait-ce naturel ou artificiel ?
Un autre jour, une autre immersion. La visi cette fois est bonne à l’arrivée au-dessus du site. Les blocs sont là, posés sur le sable plat et uniforme. Leur forme est parallélépipédique, quoique moins régulière que dans les souvenirs de la précédente visite.
Mais les questions ont eu le temps de mijoter et elles sont bien là elles aussi alors que la brume arrive soudain pour recouvrir le site, juste au-dessus, et masquer ce qui était peut-être trop évident à voir.
Il ne faudrait pas que toutes les questions trouvent trop facilement des réponses rationnelles. Où serait le mystère ?
En attendant, je sais que nous avons été plusieurs à nous interroger : était-ce naturel, ou… ?