Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
En ce début de printemps, les populations de nudibranches et proches parents sont en pleine reconstitution. Plus que jamais, il est intéressant de passer son temps de palier la vitre du masque collée à la roche, même sans être myope, pour découvrir le grand nombre de minuscules individus colorés. Le site de la Moulade est vraiment un lieu privilégié pour ces observations. Toutefois, à en juger par leur taille, certains individus ne datent probablement pas de la dernière ponte. Nous avons ainsi croisé un beau spécimen de Limacia clavigera ou limace à papilles claviformes.
Si Limacia est évocateur, la signification du nom d’espèce n’est pas très évidente. Plutôt que de suivre les explications linguistiques d’un site spécialisé sur la biodiversité aquatique, j’ai plongé dans un vieux compagnon de mes jeunes années : le Gaffiot. Dans ses pages, clavus est un clou ou une verrue, claviger est un qualificatif de Janus, le porteur de clés, clavigera signifie porteur de massue. Alors, avec un peu d’imagination, on comprend ce qui a fait germer le nom de la bête dans l’esprit de O. F. Müller en 1776 (Doris clavigera). Des successeurs ont trouvé d’autres termes descriptifs plus ou moins poétiques (Tergipes pulcher (beau) Johnston, 1834; Euplocamus plumosus (emplumé) Thompson, 1840 ; Triopa lucida (plein de lumière, de pureté) Stimpson, 1855), mais clavigera est resté après la reclassification de Doris en Limacia.
Le manteau est blanc et porte des excroissances à l’extrémité renflée et jaune. Au centre du manteau, les renflements sont de petits mamelons jaunes. Du côté de la « tête », les excroissances sont dirigées vers l’avant, comme chez Polycera quadrilineata (voir Etang de Thau ), en plus modeste. Les rhinophores sont lamellés.
Les dimensions de l’animal varient selon les sources : 1 cm maximum en Méditerranée (Doris), 1.5 cm (101 limaces de mer, Gap ed.) et 2 cm (mer-littoral.org). Alors, soit nous sommes tombés sur un géant, soit il arrivait en courant de l’Atlantique. En tout cas, il était dans la partie supérieure de l’échelle, voire un poil au-delà, sans être marseillais.
A la différence de la plupart des nudibranches et associés dont j’ai déjà parlé, Limacia clavigera ne se nourrit pas d’hydraires ou d’éponges, mais de bryozoaires. Elle n’en est donc pas moins carnivore. Toutefois, pas la peine de chercher les dents, le grand frisson photographique ne peut être réellement révélé qu’en microscopie électronique à balayage…