Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Le photographe et le vidéaste capturent les images. Mais qui pour les figer, eux, en pleine action ?
Ce matin-là, j’accompagne, pour une fois, un binôme qui s’est fixé pour objectif de faire des séquences sur l’Alice Robert : l’un fera le modèle pour donner l’échelle et de la profondeur dans les images de l’autre. Et moi ? Je ferai partie du décor, mais pas seulement. Je vais en profiter pour immortaliser la plongée. On ne sait jamais, dans un futur proche, ça pourra aider à se rappeler de bons souvenirs…
La veille, la visi était tout à fait correcte. Ce matin, le brouillard couvre l’épave. Seul le mât dépasse.
La brume est-elle si épaisse ? Nous descendons vers la cassure. Du pont, je regarde le canon de 105 mm pointer vers la surface et… Le soleil ?
Non, c’est la lampe de François, seule chose que je distingue de lui qui plane au bout du canon.
Les conditions ne sont pas propices à la vidéo. Nous repassons au-dessus du brouillard et les plans sont changés : direction le mât qui se trouve à 40 m de là.
Cette fois c’est bon, vas-y François, la caméra suit ton évolution entre deux eaux, au milieu des poissons !
La couche de brume semble mouvante : plus haute par moments, plus basse quelques instants après.
Toutes les autres palanquées se promènent une dizaine de mètres en dessous sur les structures, ne se signalant que par leurs chapelets de bulles.
Ce mât… C’est un roc !… C’est un pic !… C’est un cap !… Que dis-je, c’est un cap ?… C’est une péninsule ! Cette impression d’épaisseur solide est fausse : le mât penche, sa base s’affaiblit.
François tourne autour, la caméra aussi. Les poissons s’habituent à nous.

Malgré la moindre profondeur que sur les ponts, le temps passe et il faut nous décider à entamer la lente remontée.
L’objectif initial était de faire certaines séquences, mais les conditions ont décidé, comme toujours. Finalement, l’ambiance étrange entre cette couche blafarde et la surface lumineuse, dans un beau bleu, entourés de poissons méritait que nous y consacrions du temps. J’espère que les plans sont réussis. Et si à l’avenir quelques dizaines de ces secondes se retrouvent intégrées à un ensemble beaucoup plus conséquent, j’aurai quelques images pour raconter comment nous avons passé cette plongée à planer entre lumière et brouillard, au milieu des poissons, autour d’un mât-symbole-totem qui ne sera peut-être plus là…