Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Avec les beaux jours s’installe la thermocline qui dure le temps d’une météo estivale, jusqu’à l’automne. Habituellement, les eaux chaudes se refroidissent et le plongeur sort une petite laine supplémentaire pour passer l’hiver. En ce moment, c’est un peu différent et nous en avons fait l’expérience le week-end dernier sur l'Alice Robert. Il n’y avait pas de thermocline avant 43 m et la température était encore de 21°C jusque-là. La météo tempétueuse de ces derniers temps a brouillé la visi, transformant les 25 premiers mètres en une soupe verte. En dessous, l’eau était très claire jusqu’à 38 m. Plus bas, c’était le brouillard épais.
Voir le haut du mât effleurer la soupe tout en ayant la base dans le brouillard donne bien la mesure des strates dans lesquelles nous avons évolué, préférant nous attarder là où le regard portait loin.
Cette clarté permet de profiter de la densité des poissons tournant autour de l’épave. D’aussi loin, on constate aussi que par rapport à la ligne presque horizontale formée par les tourelles bâbord et tribord, le mât penche sensiblement sur tribord. Combien de temps restera-t-il dressé ?
Catherine avait emporté sa caméra. J’aimerais voir les séquences dans cette ambiance de millefeuille. Personnage dans les tableaux, Homo palmette devait surveiller ses postures. Malheureusement, le photographe n’est pas toujours très habile. Et puis il y a tous ces anthias partout : c’est pénible ! Comment voir les canons avec tous ces poissons rouges ?!
Nous avons délaissé la proue pour planer jusqu’à la tourelle du double canon de 37 mm émergeant de la brume vaporeuse tel un îlot mécanique grippé.
Poursuivant vers la cassure, d’îlot en îlot, nous sommes arrivés au canon de 105 mm pointant vers la surface.
Au loin, le double canon dont on ne voit plus la tourelle semble en passe d’être englouti par le brouillard mouvant.
Comme chaque structure saillante sur cette épave, ce canon a sa propre nuée tournoyante d’anthias aux couleurs vives.
Nous avons fait le chemin inverse, remontant l’épave en planant jusqu’au mât dans cette strate limpide à travers les bancs de poissons.
L’ambiance, la luminosité, les mouvements de la multitude de poissons, tout a contribué à faire de cette plongée un souvenir mémorable.