Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
La période des fêtes approche. C’est un moment terrible où se produisent de véritables massacres pour satisfaire les appétits aiguisés : oies, canards, dindes, chapons (déjà malheureux), saumons... En termes de nombre d’individus sacrifiés, il y a pourtant bien pire ! Si les esturgeons femelles intéressent une part réduite des consommateurs, il existe un poisson assez étrange dont la progéniture est bien moins coûteuse : la grosse poule de mer.
Le Cyclopterus lumpus est appelé lumpfish par les anglophones et lompe dans nos supermarchés où ses œufs, orange à l’origine, sont colorés en rouge ou en noir. Ce drôle d’animal fournit ce succédané de caviar mais pas les étals des poissonniers car sa chaire très grasse n’a pas une grande valeur. Cet avis n’est toutefois pas partagé par les phoques, les requins et certains scandinaves.
La grosse poule de mer fréquente les eaux froides de l’Atlantique et de la Manche. Elle mesure jusqu’à 60 cm et pèse entre 2 et 10 kg. Sa morphologie est atypique car son corps est couvert d’excroissances, il a une bosse sur le dos et ses nageoires pelviennes forment une ventouse sous son ventre. Cette ventouse lui permet de tenter de se fixer plus ou moins adroitement à des objets variés, y compris les plongeurs. Il paraît qu’ensuite elle a tendance à vouloir partir en oubliant de se décrocher : la grosse poule de mer ne semble pas briller par sa capacité de concentration.
La nage de la grosse poule de mer est atypique et, avouons-le, peu gracieuse. Elle apprécie de trouver un support pour se poser en attendant le passage de son repas constitué d’invertébrés (crustacés, vers) et de petits poissons.
Lorsqu’elle n’est pas prélevée et vidée avant, madame vient en eaux très peu profondes et pond les œufs que monsieur va prendre en charge tout seul, surveiller et ventiler alors que madame n’a aucun instinct maternel et file retrouver des eaux plus profondes.
Ce poisson à l’allure bizarre et à la grâce natatoire douteuse trouve sa place dans des aquariums présentant la faune marine des eaux froides (Osaka, Montréal). Ses caractéristiques peu avantageuses la rendent finalement presque attachante. Ayez une pensée pour elle lorsque vous mangerez des toasts couverts d'une multitude de petits oeufs rouges ou noirs.