Histoires et photos autour de mes plongées en Roussillon et ailleurs
Faut-il encore présenter la baudroie ? Peut-être bien, car ce qui est dit sur le site alimentation.gouv.fr/baudroie-lotte (que je découvre) est très révélateur. Voici : « La baudroie présente un aspect physique assez repoussant : elle n’est donc jamais proposée avec la tête sur les étals du poissonnier. C’est également la raison pour laquelle son nom a été modifié ». En gros, des gens ont décidé que cet animal était laid et qu’il ne fallait pas le montrer pour parvenir à le vendre. Et pour être sûr que le client ne fasse pas le lien, on lui a changé le nom. Ces appellations commerciales sont de bonnes sources de confusion, ce que les vendeurs exploitent bien pour refiler au client (espéré inculte) un peu n’importe quoi. Dans le cas présent, la baudroie-lotte n’a rien à voir avec la lotte qui est un poisson de rivière et qui se vend sous le nom de… Lote…
Le nom scientifique de la baudroie commune Lophius piscatorius a du sens, lui, puisqu’on pourrait le comprendre comme « crête pêcheuse », ce qui caractérise bien la technique de chasse de l’animal.
Repoussante la baudroie ? Chacun a le droit d’avoir son point de vue. Je lui trouve un physique, une morphologie originale. Ce n’est pas une classique sardine. Non, la baudroie a de la gueule. Et pas seulement physiquement, car sa gueule est l’élément principal autour duquel tout est construit. La baudroie chasse à l’affût. Son gros volume buccal est un formidable aspirateur capable d’aspirer à peu près n’importe quoi, pourvu que ce soit comestible et que ça passe à portée. La baudroie est carnassière et elle a de belles dents très pointues. Habituellement posée sur le substrat où elle se fond dans le décor, son corps est aplati : les nageoires pectorales s’étalent derrière la gueule elle-même très large et aplatie. Sur la tête, le premier rayon de la nageoire dorsale est différencié en un leurre que le poisson agite pour attirer les curieux imprudents. La queue est petite et fine.
Certains font tout un plat de la baudroie, pardon, de la lotte. C’est question de goût. Personnellement, bof… Il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas que la queue qui se consomme. Les joues, c’est naturel avec une telle morphologie, et le foie se mangent. Pour ce dernier, préférer le foie non transformé avec des arômes. Pour les amateurs, c’est une alternative au foie de morue (qui est plus fort).
Je préfère de loin l’animal entier et encore vivant. Avez-vous vu comment cet animal se camoufle ? Comment il se laisse pousser une barbe aux motifs décoratifs recherchés ? Avez-vous vu son regard, son œil aux reflets bleutés sous une sorte d’arcade qui ferait presque penser qu’il fronce un sourcil ? Une gueule pareille, une morphologie pareille, c’est encore l’expression de l’originalité d’une Dame Nature capable d’explorer des combinaisons de formes, de mécaniques et de couleurs qui ne peuvent pas laisser indifférent. Alors, toujours aussi affreuse et repoussante la baudroie ?